Journal La Gruyère

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Article du 3 février 2004

Internet tue le CD-Audio

Petit exercice de mémoire. Si vous êtes gruériens, c’était chez Morier (jusqu’aux années 60), puis Grandjean-Kretz (jusqu’aux années 80) que vous achetiez vos 33 et 45 tours. Dès l’arrivée des CD (Compact Disc, norme mondiale définie par Philips et Sony) en 1982, les amateurs de musique se sont fait conseiller par Manudisc, choix complété plus tard par Fréquence Laser. Nous voici en 2004, sans plus aucun magasin en Gruyère spécialisé dans la vente de disques musicaux et sachant orienter le client dans ses choix.

Le CD s’achète maintenant dans les supermarchés, dans les kiosques et les «shops», bientôt à la sortie des pissoirs publics. . Certains distributeurs ont un choix acceptable, une majorité se limitant cependant aux tubes du moment. C’est que gérer un stock à faible rotation est devenu financièrement insupportable. Heureusement, il y a aussi internet qui permet l’achat en ligne d’un très vaste inventaire musical. Le leader actuel est www.amazon.fr, un site interactif très sophistiqué permettant de commander les CD des oeuvres musicales désirées, mais également tout ce qui sort dans le domaine du DVD.

La mauvaise surprise peut arriver lorsque l’on veut écouter le CD commandé. En effet, pour lutter contre les actes de piraterie informatique commises sur www.kazaa.com et consistant à télécharger illégalement des œuvres musicales, les majors de l’industrie du disque, complètement dépassés par le phénomène, se sont mis à violer le standard CDDA(compact disc digital audio) en y introduisant des «verrous» de protection. Ainsi, votre autoradio risque bien de ne plus pouvoir lire les CD équipés d’une limitation à la copie numérique. Idem pour vos lecteurs et baladeurs âgés de plus de 3 ans. L’écoute sera possible sur PC grâce à des logiciels de lecture propriétaires intégrés aux CD, mais beaucoup plus hasardeuse sur Mac et Linux. Impossible également de «ripper» les nouveaux CD pour les convertir en fichiers MP3. L’obstacle est de taille lorsqu’on observe l’explosion des marchés des baladeurs MP3, PDA et téléphones portables prévus pour écouter de la musique en format MP3. Inutile également d’essayer de lire les CD actuels sur un lecteur DVD d’ancienne génération. Mais ce n’est que le début d’une évolution qui s’annonce de plus en plus chaotique.

Tétanisés par les nouvelles possibilités offertes par internet de pouvoir transférer la musique en ligne, les majors de l’industrie phonographique ont complètement raté une opportunité vitale pour eux et pour les artistes qu’ils sont supposés protéger et commercialiser, celle de définir les normes et de gérer les règles de la distribution de la musique en ligne.

Dans cette brèche laissée ouverte, de nombreux nouveaux acteurs se sont engouffrés. Parmi eux, MacIntosh avec iTunes, OD2 choisi en France par MSN, Tiscali, Wanadoo, Ala Page et la Fnac, Universal Music On Line avec www.e-compil.fr, EMI, Universal, Warner et plusieurs labels indépendants avec VirginMega.
L’un des problèmes est que chacun adopte ses propres normes (WMA étant la plus courante) et que les droits d’écoute sont fort différentes: payement pour une simple écoute, location du titre, gravure sur CD, copie sur un baladeur, écoute illimitée tant que l’on reste abonné, écoute jusqu’à une certaine date, écoute de tout un album mais gravure d’un seul titre, et j’en passe. Un vrai casse-tête qui ne provoquera pas forcément l’engouement du public. De plus, les prix sont exagérément élevés, compte tenu de la qualité sonore inférieure au CD classique, de l’absence du CD et de son coffret habituellement enrichi d’un petit fascicule.
Les perdants ne seront pas seulement les consommateurs audiophiles, mais les artistes eux-mêmes, car le marché va continuer son érosion. On voit aussi difficilement comment et où pourront se positionner les productions audio locales régionalement limitées. Pas de crainte par contre pour la diffusion des compiles prêtes à jeter de Star Academy!

Petit espoir en vue. Il est à souhaiter que la mort du CD-Audio profite à l’éclosion du tout récent DVD-Audio. Une qualité sonore bien supérieure au CD, un son émanant de 5 +1 canaux (ou même 7+1), lisible sur les lecteurs DVD des « Home Cinema » de plus en plus populaires, une immersion musicale qui promet de grands frissons de bonheur.

Auteur: Pierre Schwaller (Pierre.Schwaller@lyoba.ch)

Dernière mise à jour: 08.03.06