Journal La Gruyère

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Article du 17 février 2004

C@mparons!

Internet est devenu un outil de rêve pour le consommateur. De nombreux sites permettent des comparer l’offre du marché, d’autres permettent également d’acheter en ligne à des prix totalement imbattables. Encore faut-il savoir naviguer futé, posséder une connaissance minimale de l’anglais et de l’allemand et posséder un certain bon sens pour confier ses commandes à une entreprise digne de les satisfaire. Tour de piste des sites de comparaison suisses.

L’un des tous premiers sites suisses basés sur la comparaison des prix est www.allo.ch, le site très populaire créé par l’expert télécom Didier Divorne et son épouse et Nicole. Avec un contenu constamment tenu à jour, il couvre le domaine de la télécommunication dans la téléphonie fixe, la téléphonie mobile et de l’internet. Complété par un forum et des articles rédactionnels, allo.ch demeure le site de référence en la matière. Depuis quelques années, www.comparis.ch est devenu le site de référence pour ce qui touche les comparaisons de prestations et de prix dans les caisses maladie, les assurances, les loyers et les services bancaires. Les quelques dizaines de collaborateurs qui y travaillent sont également actionnaires majoritaires. Les services offerts par comparis sont financés par la publicité et par les commissions perçues lors de chaque demande d'offre retransmise aux prestataires recourant à leur service. Ces dernières semaines, certaines voix issues de milieux politiques se sont élevées pour mettre en doute l’objectivité de certaines données fournies par comparis aux internautes, du fait du type des ressources publicitaires, et souhaiter que de tels sites soient placés en main de la confédération. On peut, de notre côté, se demander combien de fonctionnaires seraient nécessaires pour remplir la même tâche et quels en seraient les coûts pour le citoyen. D’ailleurs, rien n’empêche l’office fédéral de la statistique et l’OFAS d’en faire un peu plus et de mettre à disposition des citoyens internautes des outils comparatifs utilisant leurs propres données. Financé, même partiellement par la publicité, un site de comparaison de prix et de prestations doit être en mesure de respecter une neutralité, une objectivité et une transparence suffisantes.
A preuve d’autres sites de comparaison sur la toile. Bon a Savoir, «le guide de la bonne consommation» est très complet. L’abonné du journal a l’avantage de pouvoir parcourir l’ensemble des archives et des comparaisons et tests publiés sur le journal. www.frc.ch est le site de la Fédération romande des consommateurs. Impossible d’y apporter un jugement de valeur, le site étant en panne technique durant la préparation de cet article. Autres références, celles du site de A Bon Entendeur de la TSR et de son pendant alémanique Kassensturz.

Découvrons maintenant un tout nouveau genre de sites de comparaison directement liés à la vente. Ils sont redoutables d’efficacité et sont en passe de perturber tout le commerce traditionnel. Pour l’instant, ils ont tous une empreinte alémanique, le marché allemand ayant été précurseur dans le domaine. Ce sont www.toppreise.ch (également navigable en français) et www.preissuchmaschine.ch (uniquement en allemand). Le principe de ce genre de sites est de fédérer sous un même toit tout le marché informatique, hifi-audio, TV-vidéo-photo, téléphone-fax et appareils de ménage. Ils touchent donc l’un des créneaux de consommation des plus juteux qui soient, jusqu’à présent dans les mains de certaines grandes surfaces spécialisées comme Interdiscount, Mediamarkt.ch, Fust, Manor et les milliers de petites commerces et magasins régionaux. Grâce à une gestion de données extraordinairement performante, l’internaute peut rechercher toutes les marques désirées, comparer les caractéristiques techniques, visiter les sites des fabricants et, c’est le plus important, faire le choix du revendeur le plus intéressant. Car ces sites ne vendent rien eux-mêmes, ils créent le relais avec les vendeurs. Lors d’une recherche, les vendeurs les meilleur marché arrivent évidemment en tête de liste. Qui sont ces vendeurs ? De nouvelles micro-entreprises nées de l’internet, ne possédant n’ayant ni surface d’exposition, ni personnel de service, ni transporteurs attitrés, ni frais de publicité autres que ceux de figurer dans les sites fédérateurs, ni service clientèle à proprement parler (le service clientèle et réparations étant assumé par l’importateur de la marque ou son représentant officiel en Suisse). Même les locaux de stockage sont réduits à un minimum, les produits ne faisant que transiter durant quelques heures avant leur expédition vers client final. Un consommateur averti, qui s’est préalablement informé par internet sur l’objet convoité (visite des sites des fabricants, fiches des spécifications techniques, forums de discussion thématiques, lecture des opinions d’autres consommateurs sur la qualité du vendeur, etc.) va jouir de prix particulièrement favorables. Dans le domaine des articles de loisirs et de divertissement comme les appareils photos, la hifi, la tv et le home cinéma, on arrive dans les grandes marques à des différences allant jusqu'à 20 % par rapport aux prix pratiqués dans les grandes surfaces spécialisées, et même à plus de 35% des prix pratiqués par les revendeurs locaux.

Ces nouveaux marchés, à priori à l’avantage du consommateur, créent cependant deux problèmes majeurs. Celui d’une fracture sociale entre l’internaute averti pouvant acheter au meilleur prix et le consommateur classique, non formé à l’utilisation d’internet, et devant dépenser nettement plus cher. Second problème de taille, un avenir qui sera de plus en plus aléatoire pour le petit commerce spécialisé indépendant qui, pour survivre, devra user d’inventivité pour créer de nouveaux services à la clientèle originaux qui leur soient propres. Un défi majeur pour peu de rescapés.

 

Auteur: Pierre Schwaller (Pierre.Schwaller@lyoba.ch)

Dernière mise à jour: 08.03.06