Journal La Gruyère

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Article du 21 octobre 2004

Sus aux calories inutiles

Depuis quelques mois, les Etats-Unis et l’Europe focalisent leur attention sur les problèmes nutritionnels liés à nos habitudes alimentaires. Jamais on n’a autant parlé de déséquilibre alimentaire, de calories inutiles, d’obésité infantile et adulte, de l’étiquetage des aliments, des déclarations nutritionnelles, de la sous-information envers le consommateur.

Nous assistons même actuellement à une remise en question fondamentale et totalement inédite de notre attitude par rapport à l’équilibre nutritionnel. Les frais de la santé grimpent l’échelle (l’obésité favorise les maladies cardiovasculaires et le diabète). Le déséquilibre alimentaire entraîne des conséquences économiques, sociales et politiques réelles.
Petit flash back.
Dans les années 50, le panier de la ménagère était fort restreint. Il n’y avait ni frigo dans tous les ménages, ni évidemment de congélateur. C’était le règne des boîtes de conserves, mais aussi celui de nombreuses carences alimentaires, spécialement en vitamines, en minéraux et oligo-éléments comme le fluor ou le iode (même en Gruyère, on croisait des personnes portant de gros goitres).
Les années 60 ont apporté la chaîne du froid, favorisant la consommation d’aliments frais à durée de consommation limitée. Dès les années 70, les ménages se sont équipés de petites cellules de congélation, puis de vrais congélateurs collectifs, puis privés. On est progressivement passé des boîtes aux surgelés, à l’avantage de la diversité du choix alimentaire, du goût et de la préservation des vitamines. C’est dès cette période que les jeunes augmentant leur grandeur de plusieurs centimètres.
Les années 80 marquèrent le début du «light» aussi bien dans les boissons (grâce à la découverte de nouveaux édulcorants comme l’aspartame) que dans les cervelas.
Les scandales alimentaires (dioxine, vache folle, listeria, salmonelles, etc.) ont marqué les années 90, ce qui a favorisé l’essor des aliments de proximité à tracabilité mieux contrôlable. Cette tendance s’observe clairement depuis 5 ans (labels divers, vague «bio», promotion des produits de terroirs, requêtes AOC/IGP, vente à la ferme, marchés locaux).

Devant cette prise de conscience, les grands du marché «fast food» souffrent. Pour les entreprises américaines, la mise en question de la « bouffe calorique » est accentuée par l’impopularité actuelle des USA. Devant la stagnation du marché fast food, Mac Donalds a du réagir rapidement. A preuve leur site internet www.mcdonalds.ch. Vous n’y verrez pratiquement que du vert. Ainsi, pour promouvoir un met au poulet, on va décrire «Le mariage délicieux de différentes salades vertes, de carottes, de tomates cerises, et de lanières de blanc de poulet… ». On propose des « fruit bags » (pommes et cerises), des yogourts où les fraises et myrtilles représentent visuellement plus de 50 % du yogourt. Coca-Cola, avec plus de 100 grammes de saccharose par litre, réagit. Elle lance actuellement sur le marché américain «Coca-Cola C2», un cola ne contenant plus que 50 % des calories du cola traditionnel.

Autre phénomène logique, celui des boissons «wellness». A part la Valser Limelite (www.limelite.ch) créée il y a déjà 15 ans, pas moins de 10 nouvelles boissons à base d’eau minérale ou eau de source et à calories réduites sont apparues sur le marché suisse ces cinq derniers mois. On bannit le saccharose, le fructose devient roi. Et ce n’est qu’un début. Observez bien ce qui va se passer en 2005!

Problème de taille, le consommateur n’est pas suffisamment formé pour jouer «futé» devant le choix alimentaire proposé. C’est dans le cadre de la formation scolaire obligatoire que tout enfant devrait apprendre à reconstituer à l’aide de quelques notions de base le puzzle alimentaire. Dans un environnement ludique, les enfants prennent vite goût pour le goût. Cette formation scolaire, apte à développer l’esprit critique des enfants sur le goût et l’équilibre nutritionnel, serait d’autant plus importante que les publicitaires s’adressent maintenant directement à eux plutôt qu’à leur maman. Mais avant de former les enfants, il faudra d’abord former les enseignants. Un défi à relever en toute priorité.

 
Auteur: Pierre Schwaller (Pierre.Schwaller@lyoba.ch)

Dernière mise à jour: 08.03.06