| Article du 17 mai 2005 | ||
Google Print, un électrochoc pour l'Europe |
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Pour un budget estimé à 200 millions de dollars, Google a l’intention de numériser et d’indexer 15 millions de livres, ce qui produira 4,5 milliards de nouvelles pages mises en ligne. Le défi est gigantesque, un simple calcul le montre: si l’on travaille 10 ans, 24 heures sur 24, 266 pages devront être scannées chaque minute, mais aussi soumise à un traitement de reconnaissance d’écriture, puis relues par une personne physique pour corriger les «coquilles» éventuelles. Google a rapidement conclu des contrats avec les plus grandes bibliothèques anglophones. Celles des universités de Standford et du Michigan ont accepté la numérisation de l’ensemble de leurs livres. Haward a accepté un test sur 40000 ouvrages. La bibliothèque publique de New York et celle de l’université d’Oxford en Angleterre ont accepté la numérisation de leurs ouvrages tombés dans le domaine public. Google approche parallèlement les éditeurs, en leur proposant de scanner et d’indexer tous leurs ouvrages récents, en leur garantissant que l’internaute ne pourra jamais télécharger l’ouvrage en entier, mais seulement quelques pages. Mieux, Google renvoie l’internaute vers des liens de commande en ligne, tout à l’avantage de l’auteur et de son éditeur. Pour eux, voir leurs ouvrages figurer gratuitement dans la banque de données de Google sont des arguments bien tentants. L’Europe n’a pas immédiatement compris les enjeux de cette stratégie. Il a fallu le coup de gueule de Jean-Noël Jeanneney, président de la bibliothèque nationale de France (www.bnf.fr), qui publie dans Le Monde daté du 23/24 janvier 2005 un article intitulé: "Quand Google défie l'Europe / Plaidoyer pour un sursaut". Selon lui, ce projet risque d’aboutir à «une domination écrasante de l’Amérique dans la définition de l’idée que les prochaines générations se feront du monde». Considéré dans un premier temps comme un Don Quichotte construisant une ligne Maginot culturelle, il est reçu en mars par Jacques Chirac qui le soutient publiquement. Grâce à ce levier politique, les choses s’accélèrent. Avec le concours de cinq autres pays (Pologne, Allemagne, Italie, Espagne et Hongrie) et de 19 grandes bibliothèques nationales, la France a demandé début mai aux instances de l'Union de prendre «appui sur les action de numérisation déjà engagées par nombre de bibliothèques nationales, pour les mettre en réseau et constituer ce que l’on pourrait appeler une bibliothèque numérique européenne». Le 3 mai der nier à Paris, le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a appelé à sortir le budget culturel de l’UE de «sa médiocrité», le qualifiant «d’insignifiant» et prône pour des technologies et des moyens financiers permettant de numériser le patrimoine audiovisuel et écrit. Viviane Reding, commissaire européenne à la culture, déclare vouloir y consacrer 150 millions d’euros entre 2005 et 2008, 36 millions allant notamment au développement d’un moteur de recherche, 60 autres millions étant débloqués pour la numérisation et la mise en réseau des archives. En Suisse, on ne crie pas à l' hégémonisme américain. Marie-Christine Doffey, directrice Bibliothèque nationale suisse (www.snl.admin.ch), ne voit pas de véritable menace dans l'entreprise de Google. En revanche, elle admet que le célèbre moteur de recherche fait très fort (http://www.nouvo.ch/78-1). Avec un budget annuel de 20 millions de francs et 3,7 millions d'ouvrages, une numérisation systématique coûterait beaucoup trop cher. Pas de projet à large échelle donc, mais l’espoir de se rallier au projet européen et d’obtenir des politiques les fonds nécessaires. L’Europe devra maintenant s’entendre pour partir de zéro en créant un concept de numérisation et un moteur de recherche communs. Google Print, lui a déjà démarré. Ses outils existent, son moteur de recherche est leader mondial, les contrats de partenariat sont signés, les éditeurs adhèrent et les coûts de l’opération sont insignifiants, vu les profits presque immédiats pour Google, qui, d’heure et heure avale les bibliothèques.
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