Google Earth, avec son logiciel
nous permettant de visionner l’ensemble de la planète en se servant des
photographies de satellites d’observation, a franchi un nouveau pas le 23
mars dernier.
Tout d’abord, il adopte une nouvelle technologie
dite «Truearth» pour l’ensemble du globe, permettant une meilleure définition
de 15 mètres par pixel. Plus spectaculaire et plus surprenant aussi,
l’Allemagne est maintenant le premier pays de la planète entièrement en haute
définition. La Suisse limitrophe en profite le long du Rhin, où on peut
admirer ses très belles chutes, ou la bourgade bi-nationale de Rheinfelden,
ainsi que le canton de Schaffouse en entier. Encore plus incroyable est la
toute haute définition que vous allez découvrir en visitant les villes de
Dortmund et de Francfort. En première mondiale et avant New York et les autres
grandes villes américaines, les deux villes allemandes sont présentées avec
une définition correspondant à 7,5 cm par pixel. En pratique, cela signifie
que l’on peut reconnaître la marque des voitures, distinguer chaque piéton,
les noms des compagnies aériennes sur les avions, un ballon de foot sur un
stade, et même, par le fruit du hasard, une manifestation néo-nazie dans le
centre de Dortmund. Ces vues très détaillées comportent le copyright de
Aerowest (www.aerowest.de), une
entreprise allemande spécialisée dans la vente et l’exploitation de cartes
topographiques. Pour l’économie et le tourisme allemand, c’est une véritable
aubaine qui «tombe du ciel». Et les Allemands l’ont vite compris. Voici à
peine 3 semaines que leur pays est visible intégralement en haute définition
et déjà les entreprises les plus dynamiques ont mis des «placemarks» (repères
dynamiques) sur des établissements et lieux d’intérêt (restaurants, hôtels,
musées, points de réservation touristiques, etc.), tous ces repères ayant un
lien vers leurs sites internet respectifs. En plus, on y retrouve les noms de
toutes les rues. Et si vous possédez un navigateur GPS, Google Earth lui
fournit automatiquement les coordonnées du lieu recherché. Ainsi, un touriste
peut désormais choisir son hôtel en visionnant clairement son emplacement, sa
situation dans la ville, son environnement, et s’y rendre par guidage
automatique GPS.
Il faut être naïf pour croire que Google, entreprise américaine bientôt
aussi riche que Microsoft, ait voulu simplement faire plaisir aux allemands.
Il est logique de penser que soit le gouvernement allemand, soit de grandes
organisations liées au tourisme ou à l’économie, et pourquoi pas le Mondial de
football, aient financé cette opération.
Comme je l’ai déjà écrit dans cette rubrique il y a quelques mois, il est
regrettable que la Suisse, pays pourtant facile à couvrir en haute définition,
soit si mal visible (à part Zürich, Genève et une bande entre Jaun et le Lac
de Bienne). Que font nos Autorités? Que fait Suisse Tourisme? Que fait
EconomieSuisse ? Que fait le Service fédéral de Topographie qui, sur son site
(www.swisstopo.ch) se complaît à nous
demander notre avis sur «Quels produits géographiques pour l’avenir?».
Imaginez-vous les internautes du monde entier découvrant nos Alpes, nos villes
et toute notre infrastructure touristique, jusqu’au plus petit refuge de
montagne! Imaginez-les créer leur propre parcours de vacances et cliquer sur
les liens des stations, des hôtels, des centres sportifs, des musées et des
offices de tourisme. Et même si ça coûte des dizaines de millions de francs de
droits envers Google, ça les vaut au centuple! Il est temps de se réveiller,
d’apprendre à utiliser les nouveaux modèles économiques et d’y intégrer les
outils indispensables d’un futur très, très rapproché. | |