|
La suprématie mondiale de Google commence
à agacer pas mal de monde dans le domaine des droits d’auteurs. On se
rappelle de la polémique qui a surgi en Europe lorsque Google a décidé de
digitaliser et de mettre en ligne des millions de livres issus des plus
grandes bibliothèques américaines.
L’actualité nous mène cette fois en Belgique. Et c’est le moteur de
recherche Google News qui provoque la polémique. Introduit depuis un peu
plus d’un an par Google et intégré dans son module de recherche, Google News
(lien «Actualités« dans le Google francophone) présente les actualités des
dernières heures en créant des liens avec la presse écrite des pays
concernés. Pour les actualités en langue française, Google utilise près de
500 sources d’information, dont les plus grands titres de la presse suisse.
Leur principe: un titre, la source, un résumé de 3 lignes, parfois une image
avec crédit, le tout avec le lien vers l’article du journal en ligne.
Mais voilà. Copiepresse, l'association qui gère les droits d'auteur des éditeurs belges
(www.presscopyrights.be/) décide d’attaquer en
justice Google pour violation des droits d’auteurs. Elle lui reproche en
substance de ne pas avoir obtenu de permission pour indexer ses contenus
rédactionnels via son agrégateur d’information Google News. Le 5 septembre,
le tribunal de première instance de Bruxelles contraint Google News à
supprimer ses liens vers les journaux francophones et germanophones du pays.
Google se voit en outre contraint de publier la décision de justice sur le
site Google belge. Refus de Google, qui doit s’acquitter de très fortes
amendes. Et finalement, Google se soumet à la justice belge en publiant la
décision de justice (voir illustration) le 24 septembre.
Mais l’histoire n’en reste pas là. Ce
même 24 septembre, Google décide de désindexer (donc de supprimer) de son
moteur de recherche belge tous les journaux belges incriminés dans la
plainte. En d’autres termes, cela signifie qu’un internaute belge utilisant
www.google.be ne pourra plus
accéder à aucune des dizaines de milliers de pages produites par la presse
belge. Si l’on recherche par exemple Le soir (lesoir.be), le plus grand
journal en ligne de Belgique, on obtient comme seule information :
En réponse à une demande
légale adressée à Google, nous avons retiré 1260 résultat(s) de cette page.
Si vous souhaitez en savoir plus sur cette
demande, vous pouvez
consulter le site ChillingEffects.org.
Puissant auto-goal de la presse belge,
car en perdant une visibilité sur internet, elle risque d’en payer le prix
fort. Pourquoi ? Parce que la maintenance d’un journal en ligne coûte cher
et doit être supporté par la publicité. Or les annonceurs payent en fonction
du nombre de pages vues (ou du nombre de clics sur leur lien). Et quand on
sait que par son module de recherche, Google amène en moyenne un tiers à
plus de la moitié des visites sur un site, on voit que la relation de
dépendance au géant américain est énorme.
N’est-ce qu’une histoire belge ? Pas
vraiment, car dans de très nombreuses rédactions de journaux européens, on
sent une nervosité certaine sur le sujet Google. La situation est assez
contradictoire, car si l’on développe un site internet, c’est pour qu’il
soit vu. Et un site fréquenté engendre des recettes publicitaires. Il
apparaît donc comme absurde et suicidaire de refuser l’indexation de Google.
D’autre part, on voit d’un mauvais œil la suprématie mondiale d’un
«pseudo-éditeur» dominant qui choisit seul ses sources d’informations, les
intitule et les illustre à sa manière.
S’il y a solution en Europe, elle devra
passer par des accords et règles de conduite durement mûries entre les
organes de presse, les représentants des droits d’auteurs et les moteurs de
recherche. Une démarche probablement très difficile, mais hautement
souhaitable. Le cas belge aura au moins le mérite de focaliser le monde de
la presse européenne sur un problème latent aux conséquences imprévisibles à
long terme. | |