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Article du 5 décembre 2006

Contre la censure politique: Psiphon

A la fin du mois de novembre 2006, le réseau internet comportait 1,076 milliards d’utilisateurs internet, soit 16,6 % de la population mondiale. La Suisse comptait 5,098 millions d’utilisateurs, ce qui représente 68,1 % de sa population (www.internetworldstats.com). L’Asie est en tête avec 379 millions d’utilisateurs, suivie de l’Europe (311 millions) et de l’Amérique du Nord (231 millions). A elle seule, la Chine compte déjà 123 millions d’utilisateurs. C’est beaucoup par rapport aux 207 millions d’internautes des Etats-Unis. On estime que dans 5 ans, la Chine dépassera même les Etats-Unis. Les Chinois connectés à internet passent 17,9 heures devant leur poste, un record mondial, alors que les Japonais y passent 13,9 heures et les français 9,1 heures seulement (http://technaute.lapresseaffaires.com).

L’outil internet permet un accès facile et multilingue à toute information écrite, à l’image statique et animée et aux sons. Il permet aussi à chacun de s’exprimer et de se renseigner sur n’importe quel sujet. Cette liberté d’expression est un droit (inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme) que l’humanité a chèrement payé au fil des siècles.
Et pourtant, plusieurs pays continuent de bafouer ce droit humain en pratiquant la censure en matière internet, d’une part en adoptant une censure à la consultation, d’autre part en condamnant leurs citoyens qui se seraient rendus coupables d’exprimer des opinions à l’encontre de leur gouvernement.
Le 7 novembre 2006, l’organisation «Reporters sans Frontières» publiait sur son site la liste des «13 ennemis d’internet» (www.rsf.org/article.php3?id_article=19601). Par ordre alphabétique, on y trouve les pays suivants. L’Arabie saoudite se concentre sur les contenus pornographiques, les sites de l’opposition politique, les publications israéliennes, celles traitant de l’homosexualité et les blogs. En Belarus, on filtre les sites d’opposition. En Birmanie, les cybercafés prennent automatiquement des captures d’écran toutes les 5 minutes. La Chine est le pays le plus évolué en matière de censure internet. Les autorités suivent les évolutions technologiques pour s’assurer qu’aucune n’ouvre une nouvelle fenêtre de libre expression. On compterait pourtant 17 millions de bloggeurs, forcés de pratiquer l’autocensure. Une armada de «modérateurs» gouvernementaux ratissent la toile et repèrent les mots et expressions «subversives». 52 personnes sont en prison pour s’être exprimées trop librement sur internet. La Corée du Nord est le trou noir d’internet, où seuls quelques fonctionnaires ont un droit d’accès. A Cuba, les connexions privées sont interdites. Dans les hôtels et les cybercafés, un message d’alerte avertit la police lorsqu’un mot subversif est détecté. Les opposants au régime et les journalistes indépendants n’ont aucun accès internet. En Egypte, pays jusque là ouvert, les signes d’une censure accrue sont présents. L’Iran filtre plus de 10 millions de sites «immoraux» et concentre nouvellement ses efforts sur la censure de sites traitant des droits des femmes. Les connexions à haut débit sont interdites. Dans cette liste, on trouve encore l’Ouzbékistan, la Syrie, la Tunisie (qui a pourtant organisé en 2005 le Sommet mondial sur la société de l’information qui abordait l’avenir d’Internet !), le Turkménistan et le Vietnam.

Un remède ? Plutôt que de changer les politiques, les développeurs de l’université de Toronto ont préféré développer une arme «anti-censure», Psiphon.  Ce logiciel, totalement gratuit et placé sous licence libre GPL, est téléchargeable à l’adresse http://psiphon.civisec.org depuis 5 jours (le 1er décembre 2006, ndlr). Voici son principe de fonctionnement: l’application doit être chargée sur un ordinateur d’une personne résidant dans un pays libre. Sa machine devient alors une passerelle internet pour une personne résidant dans un pays où règne la censure. L’internaute du pays libre fournit une adresse spécifique à l’internaute «non libre». Ce dernier la saisit dans son navigateur, fournit un mot de passe et, une fois authentifié, pourra surfer librement sans être repéré. Cependant, l’édition d’un blogue ou la téléphonie par internet ne sont pas encore possibles.

Sûr que dans quelques jours, Psyphon focalisera l’attention de la presse mondiale. Car donner à des centaines de millions d’internautes censurés accès à une libre information requiert un acte de solidarité de la part de chacun d’entre nous, en partageant notre propre accès internet. Un acte politique et social pas vraiment évident.

 

Auteur: Pierre Schwaller (Pierre.Schwaller@lyoba.ch)

Dernière mise à jour: 05.12.06


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