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C’est unique dans le monde plutôt calme des bibliothèques, peu
enclin aux scoops médiatiques : le 15 mai dernier, la bibliothèque cantonale
et universitaire de Lausanne (BCU -
www.unil.ch/bcu) crée une immense surprise en annonçant la signature
d’un partenariat avec Google Book Search (books.google.fr).
Petit rappel: Google Books Search est le projet ambitieux de Google de
constituer la plus grande bibliothèque universelle et totalement numérique
en scannant et indexant la plus grande partie des ouvrages mondiaux. Une
initiative privée dont les perspectives sont aussi excitantes que
redoutables, la propriété des fichiers contenant tout le savoir humain se
trouvant alors dans les mains du tout puissant Google. Nous en avions parlé
dans l’édition du 20 mars 2007 du Journal la Gruyère sous le titre « Plongée
littéraire dans le passé » (www.lyoba.ch/lagruyere/article250.htm).
En annonçant sa décision, la BCU complète le groupe d’une
douzaine de bibliothèques actuellement partenaires du projet Google Book
Search, dont notamment Harvard, Stanford, Oxford, Princeton, la New York
Public Library, Complutense Madrid, la Bibliothèque de Barcelone et la
Bayerische Staatsbibliothek de Munich. Si le choc est violemment ressenti en
France, c’est que la BCU est le premier établissement de langue française à
mettre son patrimoine culturel à disposition de Google.
Selon le communiqué de presse initialement placé sur le
site de la BCU, près de 100 000 volumes publiés aux 17e, 18e et 19e siècles,
libres de droit seront numérisés dans le prochains mois et seront
accessibles gratuitement en ligne. De nombreux textes de Hugo, Balzac,
Stendhal, Auguste Tissot, Charles Secrétan, Isabelle de Montolieu, Isabelle
de Charrière, Urbain Olivier ou du théâtre classique du Grand Siècle, ainsi
que les scientifiques tels que Haller, Euler ou Bernoulli, seront bientôt
mis en ligne.
Pour l’Etat de Vaud et la BCU, l’opération ne coûtera pratiquement rien.
Tous les frais, estimés à 7 millions d’euros, seront supportés par Google.
Détail d’importance: les millions de fichiers ainsi constitués seront
propriété de Google, évidemment !
Pour communiquer sa décision rapidement au monde entier, la BCU a innové en
matière de communication en utilisant Youtube. Hubert A. Villard, son
directeur, explique, dans
une vidéo de 4 minutes,
les raisons qui l’ont poussé à adhérer au projet Google. Mettre le savoir du
monde en ligne, faciliter l’accès aux usagers locaux de livres fragiles et
non consultables en prêt, d’offrir en consultation intégrale aux internautes
du monde entier des ouvrages uniques, d’offrir une diversité culturelle à un
projet jusque là dominé par la culture anglo-saxonne, de préserver les
ouvrages rares et assurer la pérennité de leur contenu pour les générations
à venir.
La BCU était-elle aussi lasse d’attendre la concrétisation
d’un projet européen ? Depuis le 22 mars dernier, on peut découvrir le site
de la Bibliothèque Numérique européenne (www.europeana.eu).
Europeana est un prototype de bibliothèque en ligne développé par la
Bibliothèque nationale de France, dans le cadre du projet de Bibliothèque
numérique européenne. Elle rassemble environ 12 000 documents libres de
droits issus des collections de la Bibliothèque nationale de France, de la
Bibliothèque Nationale Széchényi de Hongrie et de la Bibliothèque nationale
du Portugal. Mais le projet a du plomb dans l’aile. Par manque de cohésion,
les français feront leur propre projet dénommé «Quaero», alors que les
allemands les abandonnent pour créer leur propre «Theseus». L’échec est
garanti.
La réussite est-elle entre les mains de centaines de
bibliothécaires fonctionnaires européens sans concept et sans budget ou dans
celles de Google, une entreprise privée dont le PDG (Eric Schmidt) a pu
décider en quelques heures d’investir plusieurs centaines de millions de
francs pour créer LA bibliothèque universelle? Devinez ! | |