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INFO-INTOX.
Pour le grand public, la vitesse de propagation des informations s’est
considérablement accentuée depuis la popularisation d’internet, des blogs et de
l’arrivée de Twitter et de Facebook. Esprit critique vivement recommandé!
LA PRESSE A TOUT CHANGÉ. Durant des
millénaires, les nouvelles, et parmi elles les rumeurs, se sont transmises
oralement dans la population de bouche à oreille et ont circulé à la vitesse du
cheval. Ce n’est que dès le milieu de 15ème siècle, que l’imprimerie «moderne»
inventée par Johannes Gensfleisch, plus connu sous le nom de Gutenberg, a
contribué au développement de l’humanité, de la culture et du savoir en
permettant une diffusion de l’information à moindre coût, rapidement et sur de
longues distances, et sans être déformée comme en cas de transmission orale. Le
développement de l’électricité et de la télégraphie en morse au début du 20ème
siècle permit les premières transmissions à longue distance. Si les premiers
téléphones permirent la transmission orale d’informations, il faut attendre 1930
pour voir apparaître le télex, qui supplante petit à petit le télégraphe. Même
s’il a été remplacé par internet, il reste encore trois millions de lignes télex
en service dans le monde. Rappelons-nous aussi que notre ancien service de poste
s’appelait les PTT, ce qui signifie « Poste – Télégraphe – Téléphone ».
«C’EST DANS LE JOURNAL». Lorsque nos grands-parents
lisaient scrupuleusement leur journal et écoutaient attentivement les nouvelles
de Radio Sottens sur les ondes moyennes, la question de la fiabilité des
informations reçues n’était pas leur première préoccupation. «C’est écrit dans
le journal», une affirmation qui garantissait la crédibilité de l’information
écrite. Le lecteur actuel confronté aux grandes affiches des revues people
placardées devant les kiosques et dévorant en 20 minutes son journal gratuit
quotidien, n’a plus la même perception du vrai et du faux que nos ancêtres. La
confiance envers le journaliste s’est érodée. Avec internet, les réseaux sociaux
et les smartphones, c’est en quelques secondes qu’une information peut être
captée tout autour du monde. Elle est ensuite reprise et diffusée en progression
exponentielle sur la toile. Pour le grand public, séparer le bon grain de
l’ivraie devient de plus en plus difficile. La principale révolution est que sur
la toile, la majorité des informations ne transite plus par des journalistes et
les professionnels de la communication, mais par Monsieur et Madame
Tout-le-Monde.
POISSON EN EAU CONCENTRÉE. Dans cette
même rubrique, dans son édition du 30 mars 2004, j’intitulais un article «Quand
l’eau est réinventée». Profitant d’une date opportune ( !), du salon des
inventions et en utilisant tous les ingrédients qui rendent une rumeur crédible,
j’avais inventé un personnage qui aurait fait ses études en Gruyère et qui
venait d’inventer un produit révolutionnaire, de l’eau concentrée. Selon Fred
Hoaxman, son pseudo inventeur, cela signifiait dans la pratique que «lorsque
vous transportez 1 litre de concentré d’eau, cela équivaut à 97 litres d’eau
potable». S’il n’y avait pas foule le 1er avril 2004 sur la Place du Marché pour
rencontrer ce génie de passage en Gruyère (pas naïfs, les Gruériens !), la
réaction à l’article publié sur le web prit une toute autre dimension (www.lyoba.ch/lagruyere/article173.htm).
Nombreuses furent les questions et interrogations des internautes dans les
groupes de discussions, les forums ainsi que sur le site «Questions-réponses» de
Yahoo (http://fr.answers.yahoo.com).
Encore plus étonnant: des mois, voire des années plus tard, j’ai été contacté,
aussi bien par téléphone que par mail, par des représentant de la presse orale
et écrite. Parmi eux, se trouvaient plusieurs journalistes responsables
d’émissions ou rubriques scientifiques, qui désiraient prendre contact avec
notre faux-inventeur. Une fois le gag expliqué à mes interlocuteurs, le malaise
et une certaine honte de s’être fait piéger était évident.
Moralité : une rumeur fabriquée de toutes
pièces, mais respectant un certain nombre de règles qui la crédibilisent,
annihile l’esprit critique élémentaire d’une personne pourtant éduquée,
qualifiée et formée pour distinguer entre une vraie et une fausse information
dans son domaine de compétences. Troublant et inquiétant!
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